Trois frontières en une : Lille, Bruxelles, Luxembourg.

Par Edwin Fronda et Sarah Fröb


Il y a quelque chose de frais chez les Belges. Ils sont comme ils sont, ils sourient souvent, ils sont dans les bars, la rue, la plage, les espaces d'expositions, bref : ils sortent.


Il est encore possible d'acheter un appartement à Bruxelles, pas comme à Paris, ma ville d'origine. Et vous trouverez même un jardin avec. Les crèches et maternités sont toutes trilingues, les enfants sont épanouis même avec une petite odeur de pluie ambiante, et contrairement aux idées reçues, ne sont pas tous obèses avec leurs de frites doublement cuites dans l'huile bouillante.


Mais le plus amusant est de passer de Lille à Bruxelles en voiture. On sent tout de suite une sorte de bourgoisie quand on arrive en terrain lillois. Ce sont les "petits Parisiens", comme on les appelle chez nous. Non soumis à la pollution mais tout de même aux prix flanchants et l'inflation désobligeante, j'ai toujours l'impression qu'ils se sentent chics et désinvoltes.


Puis on continue sa route, 100 km au Nord, par le pays de Ch'tis rigolos, avec leur accent irremplaçable. On sent que la Belgique n'est pas loin. Puis on la voit, au fond, l'ancienne douane : un vrai monument historique décoré par l'âge du temps. Grâce à Schengen, il n'y a plus personne qui garde ce monument, un petit policier solitaire essaie de sentir à vue de nez si l'on ramène des cigarettes ou du chocolat caché sous la roue de secours du coffre.


Ce n'est pas mon cas (et je connais même le jeune policier, Damien), et je continue ma route. Cette route qui devient un peu plus bossue et moins entretenue, car l'argent public des péages est une belle imagination française, inexistante en Belgique.


Je m'arrête aussitôt pour m'acheter un paquet de cigarettes et mon journal, c'est devenu une tradition. J'ai oublié de dire que je travaille en Belgique, mais par force de persuasion de ma femme je me suis embarqué dans une routine de "navetteur" : je parcours tous les matins 158 km, avec France Inter d'un côté de la frontière, puis Radio belgique de l'autre, sans même devoir appuyer sur un bouton quelconque.


Tout est moins cher en Belgique : les maisons, la nourriture, l'école. Les gens sont plus détendus, aussi, surtout proche de la frontière. Ils vivent grâce aux personnes comme moi, qui font le trajet de manière quotidienne et qui créent des contacts avec les gens, pas comme ces personnes des institutions européennes qui viennent en avion et qui ne salissent pas seulement l'Europe mais prennent des décisions sans prendre connaissance des problèmes des personnes, ici. Car des problèmes, il y en a : les frontaliers qui ne viennent en Belgique que pour acheter l'alcool et les cigarettes, les concurrences entre la Flammandie et la Wallonie, comme on appelle les deux régions ici, et l'écart grandissant entre les populations riches expatriées et le peuple belge. On ne s'aime pas réellement, on s'accepte plutôt.


Cela nous énerve qu'ils ne paient pas d'impôts, mais ils font vivre les cafés et les boites de nuit. Car oui, les fonctionnaires européens aiment le style de vie en Belgique - et pour être honnête, parfois j'aime partager mon paquet de cigarettes avec l'un deux pour entendre leurs petites histoires lettones, suédoises ou catalanes. C'est cela, la vraie diversité européenne.

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