Konstanz, passerelle rigide vers la Suisse

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Par Klemens Klabst


Je m'appelle Klemens, J'ai 25 ans, et j'étudie la biochimie et la physique quantique à Konstanz, en Allemagne. Je vis avec très peu de moyens, mes parents ne peuvent me donner que six cents euros par mois, parfois un peu plus, et Konstanz est une ville particulièrement chère. Et non sans raison, elle est située sur la frontière avec Kreuzlingen, la première ville suisse après la frontière allemande.


Et cette frontière me rappelle tous les jours que l'Europe n'est pas encore tout à fait aboutie. Que les lois de Schengen sont une belle invention, mais qu'ici, à Konstanz, on sent encore la différence lorsqu'on rend visite à ses amis de l'autre côté de la "Grenze". Ici, il n'y a pas qu'un seul douanier qui compte les voitures, ici ils sont minimum cinq, et ils ont du vrai travail. De nombreuses personnes cachent leurs déclarations fiscales - pourtant obligatoires - dans la boite à gants, derrière une grande paire de lunettes de soleil et des boites de préservatifs. Et les douaniers reconnaissent vite les fraudeurs - et fort heureusement.


Cette frontière alémano-suisse a quelque chose de désagréable pour mes amis et moi. Pas dans le sens dangereux, mais nous avons un petit sentiment de cloisonnement. J'aime parcourir l'Europe en camping, découvrir facilement d'autres cultures sans devoir montrer mon passeport, me rendre aux festivals. Je le fais en Suisse également, mais j'ai l'impression que ce petit pays multiplie aujourd'hui ses frontières : d'abord la douane, ensuite certaines interdictions. Par exemple, ils ont interdit les minarets - mon ami est turc, et il est choqué par l'interdiction de cette symbolique forte en Suisse, où il réside. Mais en même temps, la Suisse c'est aussi une beauté de paysages sans précédent, elle compte des personnes agréables, une propreté et une organisation sans faille. Et j'aime leurs petits nains de jardin, cela me rappelle mon enfance.


Mais j'aime tout de même emprunter la frontière en sens retour pour Konstanz, ma ville. Elle est aussi un peu rigide, mais la vie est plus simple. J'ai l'impression d'être chez moi, d'être enfin de retour "en Europe".

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