L’Eurostar : entre Seine et Tamise

Je m’appelle Hugo, et j’appartiens à la génération Erasmus : admis à Cambridge pour mon Master de droit, et réalisant mon stage de fin d’études à Londres, je découvre quotidiennement cette ville immense.

Mais c’est bien l’Eurostar qui me fascine le plus au cours de mes nombreux voyages en Europe : 1h30 pour relier les deux monstres, les deux attractions touristiques, deux langues, deux mondes, deux vies. Je suis franco-espagnol, mon amie vit à Paris, et cette année j’ai pris la carte fréquence Eurostar pour la première fois de ma vie. Ayant moins de 26 ans, ce petit caprice s’élève à 1600 euros par an, pris en charge à moitié par mon entreprise de stage.


A Paris, on se sent un peu comme un étranger dans son propre pays quand on doit passer son sac au scanner – en plein centre-ville, entre le Faubourg Saint Denis et le boulevard Magenta. On se croirait un peu dans un aéroport en plein noyau citadin, cela fait toujours drôle. De même à Saint Pancras, un grand espace de sécurité en pleine ville. C’est bien cela l’originalité : un transfert entre deux grandes villes, par un tunnel long, noir, entouré de rien sinon d’eau. Un peu comme un submarine qui relie les deux métropoles du business, avec un système de sécurité qui rappelle toujours que le risque zéro n’existe pas. Même au plein centre de l’Europe.


Et les personnes qui voyagent dans le train valent le détour : entre businessmen en première classe avec leur petite sacoche en cuir, ordinateur sur les genoux et costards légèrement froissés, jusqu’aux étudiants en pantalon baggy et encore peureux d’avoir laissé ses parents pour leur première année Erasmus, on trouve de tout : familles qui viennent à Londres pour voir le spectacle Cats, petits couples amoureux qui ricanent entre les wagons, un grand bar qui vend des alcools bien au-dessus de tout tarif décent. Bref, un monde qui s’ouvre entre deux villes, une frontière qui prend la forme de 10 wagons traversant à grande vitesse la manche.


Et au milieu, des personnes qui n’ont rien à voir entre eux, sauf lorsque l’eurostar reste bloqué quelque part entre la France et l’Angleterre. Là, on se regarde, on soupire ensemble, on essaie de capter du réseau pour prévenir les proches du retard auquel on s’attend déjà, on aide les claustrophobes, on fait rire les enfants, on éteint son film sur l’ordinateur, de peur de ne pas tenir jusqu’au bout du voyage. C’est tout cela, l’Eurostar, et bien d’autres choses encore…

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