La douane franco-algérienne, le passage du silence


L'Algérie semble loin, vue de la France. En réalité elle n'est qu'à un pas depuis Marseille. 7h30, en bateau. 1h30, en avion.


Je m'appelle Abziz. Les Français s'entêtent à écrire mon nom Abdelaziz, comme notre Président. Mais je m'appelle Abziz, et je viens d'Alger. Une semaine par mois, je me rends à Marseille pour mon travail, je suis l'un des cuisiniers du restaurant français "La rose" à Alger, juste à côté de la grande Poste, et le patron m'emmène parfois à Marseille pour acheter quelques produits spécifiques de "là bas". Moi c'est la mer à Marseille que j'aime : le port dynamique, les gens stressés et toujours très occupés, même les mouettes font un bruit différent et ont l'air de sourire au dessus du "Panier".


Si proches et pourtant si différents : la traversée en bateau nécessite une petite journée, et quand on arrive à Marseille, on se sent un peu comme dans Amélie Poulain, même si Amélie n'a certainement jamais mis les pieds à Marseille.


J'aime la cuisine fine française, l'accent du sud souvent comparé à l'accent algérien - alors que cela n'a rien à voir. J'aime l'OM (Olympique de Marseille, ndlr) aussi, même si les vigils me regardent toujours d'un air suspicieux lorsque je rentre dans le magasin - que je connais par coeur aujourd'hui, car mon petit frère me demande toujours un porte-clefs, une casquette ou un sticker de Valbuena (la seule chose que je peux lui offrir, ici à Marseille). Mais je comprends les Français qui ont peur des Arabes, comme ils disent ici. Mais avouons que mes compatriotes algériens n'ont pas toujours la vie facile : certains habitent en HLM, ont des boulots difficiles, aucune reconnaissance et, disons la vérité, sont de vrais boucs émissaires d'une société qui ne sait que faire de son propre passé. Nous les Arabes, nous avons bon dos pour ces hommes politiques pas toujours courageux.


J'invite les amis français à venir me rendre visite à Alger. Ici, les gens n'ont pas peur d'ouvrir la porte aux inconnus. Ils invitent même le voisinage aux soirées de Ramadan, et les personnes âgées paient le café aux touristes qui demandent gentiment une adresse. Car à Alger, on prend le temps - le temps pour connaitre les personnes, pour lire son journal, pour savourer son café ou son couscous hallal. Pas comme en France, où tout va toujours vite. Je suis heureux dans mon restaurant français : j'ai la finesse d'esprit du couscous au thym et à la sauce provencale, mais aussi le savoir vivre algérien et les grandes rigolades à table. Il n'y a pas de silence qui accable les gens. J'aime ça.

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© 2014 by Sarah Froeb. 

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