Le renouveau des frontières dans l'ex-URSS - un comparatif avec l'Europe


Née peu de temps avant la chute du mur dans les Ardennes françaises, non loin de la Belgique, j'ai connu l'abolissement des frontières. Je me souviens de voyages avec ma grand-mère à Bouillon, « de l'autre côté de la frontière » pour aller manger des moules frites. On croisait sur la route les anciennes douanes, bâtiments à l'abandon dès le début des années 90. J'ai grandi dans une Europe sans frontières. J'ai vite pris l'habitude de voyager en Allemagne via le Thalys, sans contrôle de mes papiers… de passer le Rhin à Strasbourg pour aller à Kehl à vélo… de me rendre en train à Barcelone depuis Toulouse.


Les habitants de l'ex-URSS, eux, connaissent le processus inverse. Ils ont connu un grand pays, sans frontières. L'indice kilométrique du train que l'on croise en plein cœur du Kirghizstan le prouve : ici, tous les chemins menaient à Moscou. Sauf qu'avec la chute du mur, chaque pays a refermé ses frontières et les tensions sont grandes. Je l'ai vécu lors d'un voyage en Asie centrale en 2013. J'ai passé deux frontières : celle entre l’Ouzbékistan et le Kirghizstan , et celle entre le Kirghizstan et le Kazakhstan. A chaque fois, le même cirque : descendre à pied des voitures ; montrer ses papiers à la douane du pays sortant puis du pays entrant. Alors que la frontière entre le Kirghizstan et le Kazakhstan se traverse en une à deux heures à peine, le temps de faire la queue, celle entre l'Ouzbékistan et le Kirghizstan est un véritable calvaire.


Il nous a fallu quatre heures pour la traverser et encore, en tant que touristes, nous avons eu le privilège de doubler les files des habitants locaux. Ici, les bus ne passent pas la frontière, contrairement à celle kazakh-kirghize. Il faut descendre du bus ouzbek, traverser la frontière à pied et prendre un autre bus côté kirghize. A noter : quatre contrôles de papiers côté ouzbek


, deux côté kirghize. Dehors, des barbelés à perte de vue et des soldats armés qui contrôlent sévèrement chacune des queues. Ils n'hésitent pas à utiliser leurs crosses de fusils pour repousser la foule impatiente. La frontière se traverse sur un ou deux kilomètres : nous avons vu ainsi des vieillards et des femmes enceintes attendre sous le cagnard et marcher au fur et à mesure des contrôles. Les douaniers sont pointilleux : il faut préciser la somme d'argent dont on dispose en sortant de l'Ouzbékistan, et les agents comparent avec celle qu'on avait à l'arrivée. Ils m'ont embêté parce que j'avais changé de lunettes de vue : celles que je portais n'étaient pas les mêmes que celles sur la photo. Autour de nous, des habitants ouzbeks ou kirghizes : des familles souvent séparées par cette nouvelle frontière. Car des Kirghizes vivent en Ouzbékistan et il existe des enclaves ouzbeks au Kirghizstan, non loin de la ville de Osh. Beaucoup traversent la frontière au quotidien pour travailler ou voir la famille. À chaque fois, il leur faut prévoir plusieurs heures d'attente… Nous sommes arrivés à la tombée de la nuit côté kirghize, alors que nous étions là à 15h côté ouzbek. Certains nous ont dit qu'il leur arrive souvent d'être bloqués de l'autre côté, vu le temps que cela leur prend de passer la frontière. Les tensions sont grandes entre les deux pays et ça se ressent à la douane. Pour la première fois de ma vie, j'ai compris ce que signifiait le mot « frontière » ; et vu qu'elle constituait un frein à la liberté de circulation des personnes.


photos : Côté ouzbek:la route qui mène à la frontière

la ville de Osh au Kirghizstan, de l'autre côté de la frontière ouzbek-kirghize

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© 2014 by Sarah Froeb. 

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